Edité en 1999 par le centre d’art Sittard, le fascicule « Catalogos » est aussi une oeuvre, une oeuvre gratuite et sans valeur qui parle d’argent et de valeur.

équivalence

Habituellement une peinture (ou une autre œuvre) est réalisée, puis exposée (mise au monde, dans le monde), puis vendue. De la vente, l’artiste ne veut le plus souvent pas parler. Comme si c’était honteux. Pourtant, pendant la vente, quelque chose de très étonnant est produit: le tableau devient l’équivalent d’une certaine somme d’argent. L’artiste accepte que l’œuvre originale, qualitativement unique, singulière, soit équivalente à cette chose universelle, ne comptant que par sa quantité, l’argent. Pendant la vente, la plus grande singularité égale la plus grande universalité.

valeur

Dès lors se posait pour moi la question de la valeur. D’où vient-elle? Qui la fixe? Comment? J’aurais voulu que ces questions ne soient plus périphériques au travail mais en soient le cœur ou la charpente. C’est ainsi que je commençai à travailler sur le projet du « Catalogos ».

désir

Je voulais qu’il soit distribué comme un « toutes-boîtes ». Je voulais que chacun le reçoive comme il reçoit les publicités de la grande distribution, qu’ainsi, pour une fois, on ne suppose plus que nos désirs se limitent à vouloir acquérir des petits pois plus gros ou moins chers ou un GSM plus petit et plus sexy, mais que nos désirs relèvent aussi de l’utopie. L’adresser à tous était une manière de montrer que nous sommes tous concernés par l’art. C’était considérer chacun, non seulement comme spectateur potentiel, mais aussi comme acteur, et ce, même si, de prime abord, ça le laisse indifférent.

passage à l’acte

Il y a eu une exposition à Sittard (Pays-Bas) pour laquelle Guy Massaux et Luk Lambrecht me proposèrent de produire le Catalogos.

L’œuvre, le travail se présente d’abord dans son mode de fonctionnement, ce en quoi il se constitue comme une actualisation. Il y est question d’empreintes de peinture, d’empreintes toujours doubles où l’une est l’image inversée de l’autre et vice-versa. C’est ainsi qu’est apparu la nécessité d’investir également les questions de la reproduction de l’œuvre et de l’argent comme équivalent de l’œuvre lors de la vente.

Les œuvres proposées à la vente dans ce site Catalogos ne sont pas différentes de celles que l’on pourrait acquérir dans une galerie. Seul l’acte de l’achat est modifié. Il est proposé d’acheter une œuvre les yeux fermés, sans l’avoir vraiment vue, en n’en voyant qu’une image qui ne permet aucunement de la saisir visuellement, sans connaître ses limites, sans même savoir toujours s’il s’agit d’un objet, d’une image, d’une œuvre virtuelle encore à actualiser. On peut parler d’un déficit de visibilité. Ce déficit est nécessaire pour que l’achat lui-même prenne un relief suffisant, pour que ce soit, dans l’acte d’achat, dans l’échange, dans l’attribution de la valeur, l’achat lui-même qui se montre comme faisant partie de l’œuvre. L’acheteur est mis dans une situation semblable à celle de l’artiste : il avance à l’aveugle.

ambiguïté

D’autre part, une ambiguïté persiste sur le statut même du site « Catalogos » : œuvre ou support de présentation d’œuvres ? En tant que présentation, publicité, il n’est pas très efficace : les objets sont mal mis en valeur. En tant qu’œuvre, il est également décevant. Car, à l’exception d’une page qui se déclare être une œuvre, il ne fait que référence à d’autres œuvres.

il se pose comme témoin, comme simple témoin d’un accident. L’échange, la redistribution à la fois formelle et symbolique a bien eu lieu. En ce sens, « Catalogos » est aussi une œuvre, une œuvre gratuite et sans valeur qui parle d’argent et de valeur.