L’artiste en historien amateur

Ce texte de Danièle Méaux, publié dans la Nouvelle revue d’esthétique 2020/1 (n° 25), s’intéresse au projet classement diagonal et à ses trois formes de présentation : l’exposition, le livre, la conférence. Elle approche ce travail par sa dimension non autoritaire y relevant une position d’amateur qu’elle évalue gage d’ouverture démocratique.

CLASSEMENT DIAGONAL

Publication et installation narrative constituée de documents, de copies de documents, de photographies, de vidéos, de textes, de tissus et d’étiquettes, Classement diagonal propose des récits qui croisent, enchainent, comparent, combinent l’histoire du champ de la bataille de Waterloo, les golfs, les minigolfs, le Panorama de Dumoulin, les expositions universelles et coloniales, le musée de Tervuren et quelques autres curiosités.

PORTRAITS DE PAYS. TEXTES, IMAGES, SONS

Waterloo est le nom d’une petite ville en périphérie de Bruxelles. Ce nom est connu dans le monde comme celui d’une bataille. Il est tellement connu qu’il est devenu un nom commun. C’est aussi le nom d’un champ. Mais ce champ n’est pas situé à Waterloo. C’est la contingence de la localisation du quartier général du vainqueur de la bataille qui a donné son nom au champ. Cette variabilité du toponyme proche d’une délocalisation a-t-elle favorisé l’utilisation du nom propre comme nom commun ? Derrière cette question anodine se profile une géographie fluide dont la conférence envisage de dresser le portrait.

VARIABILITÉ, MUTATION, INSTABILITÉ DES CRÉATIONS CONTEMPORAINES

Heureux d’avoir l’occasion de mettre en discussion les enjeux du passage du film à l’exposition et de l’exposition au livre, à partir du travail réalisé autour de classement diagonal dans le cadre de ce colloque qui se déroulera à l’université Jean Monnet de Saint-Etienne les 3 et 4 juin.

Classement diagonal /diagonal listing

Publié en 2018, à « la lettre volée », le livre « Classement diagonal », réalisé après l’exposition sous forme d’installation narrative du même nom, propose une nouvelle modalité de construction et d’assemblage des matériaux qui y étaient montrés. Il n’est ni un catalogue qui accompagne et prolonge l’exposition, ni un document destiné à en garder la trace ou à en constituer la mémoire. Il s’agit d’une actualisation sous forme de livre de matériaux textuels et visuels en grande partie identiques ou similaires.

Architectures coloniales pour musée décoloniaux?

Le musée Tervuren venant de ré-ouvrir se présente aujourd’hui comme « un espace de dialogue sur un pied d’égalité entre Européens et Africains » (sic), faisant le méa-culpa de son histoire coloniale. Si les travaux et les réflexions autour de la nouvelle exposition permanente du musée battent leur plein, on a trop peu interrogé l’architecture même du lieu. Comment envisager un questionnement de son architecture, une dé-sacralisation et une historicisation critique de celle-ci et des musées coloniaux en général. Ces architectures peuvent-elles réellement être réhabilitées, réinvesties ou tout geste de réparation en leur sein est-il voué à l’échec?

Qui l’eût vu ? Leçon de Wittgenstein appliqué

Trop vues, déjà vues, pas encore vues, il est des choses que l’on a sous les yeux mais que l’on ne voit pas.
À en croire Wittgenstein, c’est la cécité qui menace au premier chef le philosophe, prisonnier de ses systèmes de pensée, qui ne parvient pas à voir les nouveaux sursauts du monde réel. C’est la raison pour laquelle Wittgenstein invente une méthode philosophique, qui s’inspire autant du traité sur la métamorphose des plantes de Goethe que des travaux de psychologie expérimentale. On l’appelle indifféremment la « vue synoptique » ou la « saisie aspectuelle ». Il s’agit précisément de rendre justice à l’infinie variété du monde sensible, à sa capacité à se faire voir sous de nouveaux aspects et à se renouveler sans cesse.

L’art même

L’article de Benoît Dusart dans l’Art même 77, aborde le livre classement diagonal/diagonal listing par ce qui, pour moi, est sa partie la plus « dure » : le débat politique, tel qu’il apparaît (parfois) au sein des assemblées, et l’écart entre le moment de l’échange, de la dispute, et la réification en un texte qui, par son existence même, rend inaudible les tensions qui y ont conduit.